Lettre à Nicholas Ray

Lettre à Nicholas Ray

 

Jacques jean Sicard – La figuration insolite

Extrait 3

 

 

Lettre à Nicholas Ray.

Moi qui ne me vois nulle part, je me vois dans une baraque isolée. Je mangerais de l’herbe sauvage qui a le goût du chou. Je me cacherais dans quelque Nord où les gens sont moins curieux d’être loin. Pour s’en sortir, il faut tuer tous les témoins – d’une façon ou d’une autre. S’éloigner, c’est rayer le monde de la carte.

J’éprouve de la lassitude, comme lorsque l’on est dans une baignoire qui s’est vidée tout d’un coup. Parfois, je me noie, juste sous mes yeux. Je ne m’aperçois pas que mon temps est compté. On peut avoir le sens du temps et pas celui de la vie humaine. Est-ce là vivre dans le mythe ? J’ai du mal à me situer par rapport à ça.

On ne m’écoutera pas. Toi non plus, Ray, personne ne fera attention à ce que tu racontes. Qu’est-ce que tu crois. Dis-leur qu’un jour tu clignais des yeux sous le soleil et ce fut comme si tu t’éveillais dans un pays magique – mais cela n’arriva jamais. Qu’est-ce qu’ils comprendront ? Qu’ils comprennent seulement que : Tu ne veux pas, c’est tout.

 

 

 

Extrait de La figuration insolite

(ouvrage à paraître)